01 Un moral stable en Europe, une volonté d’épargner plus

UN CONTEXTE GÉNÉRAL PLUS INCERTAIN

 

Après une année 2018 qui a vu le moral des Européens connaître une embellie prononcée et généralisée, 2019 vient globalement confirmer cette dynamique. Si sur le plan personnel les Européens considèrent que leur situation s’améliore encore, concernant l’évaluation de leur pays, la tendance est à la stabilisation. Une stabilité toute relative qui pourrait connaître un revers sous l’effet d’une croissance qui affiche les premiers signes d’essoufflement et d’un environnement économique, politique et social fragilisé.

Après une bonne année 2017 au plan économique, 2018 a laissé apparaître des signes d’essoufflement au second semestre qui devraient être confirmés en 2019.

 
Une croissance fragile

La plupart des prévisionnistes s’accordent pour dire que la croissance mondiale sera plus modérée pour s’établir à un peu plus de 3,5 % contre 3,7 % en 2018 (source OCDE). Ce chiffre cacherait de grandes disparités d’une région économique à l’autre, mais surtout pourrait être revu à la baisse en fonction de l’évolution de nombreux facteurs incertains. Aux États-Unis, les effets des massives réductions d’impôts seront bientôt un lointain souvenir. En Europe, la croissance s’annonce aussi moins forte.

 


 

Après avoir fortement augmenté au cours des trois dernières années, le prix du pétrole a brusquement chuté fin 2018, impactant à la baisse les perspectives d’inflation. Malgré cette bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat des ménages, le climat économique reste morose avec, en toile de fond, les incertitudes liées à la guerre commerciale engagée par les États-Unis avec la Chine, et potentiellement avec d’autres pays (les escarmouches avec l’Union européenne pourraient renaître).

 
Des tensions politiques et sociales

Mais les données économiques ne sont pas les seules à engendrer de l’incertitude. Au plan politique, l’Europe est le théâtre de multiples changements, élection après élection. Ainsi, de nombreux pays européens ont enregistré, lors des dernières consultations, une montée des populismes. Au Royaume-Uni, le Brexit suscite toujours autant de débats et l’incertitude concernant son issue reste totale en ce début d’année 2019. Les élections européennes de mai prochain pourraient à la fois confirmer cette incertitude politique au sein de l’Union européenne mais également l’affirmation des nationalismes dans de nombreux pays. Par ailleurs, des mouvements sociaux ont vu le jour à l’image des « gilets jaunes » en France, ajoutant là encore des incertitudes.

UNE SITUATION PERSONNELLE QUI S’AMÉLIORE

 

Le contexte économique, politique et social, qui globalement s’assombrit, influe sur la perception qu’ont les Européens de la situation de leur pays.

 
Le moral des Européens marque une pause

Certes, la note moyenne s’inscrit en très légère hausse pour s’établir à 5,4 (+0,1 point contre +0,3 l’année précédente). Les plus fortes progressions nous viennent du Danemark (+0,5 point), dont rien ne semble devoir altérer l’optimisme, et de l’Italie (+0,4), dans la foulée des élections du printemps 2018.

 


 

Ce relatif essoufflement se traduit par un groupe de 7 pays qui donnent une note inférieure à la moyenne, même si pour 6 d’entre eux cette note est en augmentation. Fait marquant, la France repasse sous la barre de 5/10, enregistrant le plus sévère décrochage d’une année sur l’autre (-0,5 point). Cette baisse peut en partie s’expliquer par l’émergence du mouvement des « gilets jaunes » concomitant à cette enquête.

 
Une opposition nord-est

Parmi les nations les plus négatives, on retrouve comme précédemment la plupart des pays de l’Est européen, avec la Bulgarie toujours la plus pessimiste (3,7, +0,1 point). À l’opposé, les nations du Nord continuent de faire preuve d’un solide optimisme, avec la Norvège en tête de ce groupe des pays « heureux-philes » (7,4, +0,2 point). Seule la Suède se laisse gagner par un relatif doute, l’un des trois pays avec la France et la Belgique à voir sa note diminuer légèrement (-0,1 point). Notons enfin qu’Allemagne et Autriche constituent un couple très uni dans leur jugement, nous le constaterons sur de nombreux autres sujets (respectivement 6,6 et 6,7, +0,2 point). Le Royaume-Uni ne semble pas encore s’inquiéter des incertitudes pesant sur le Brexit, comme si ses habitants avaient fini par s’habituer à ce feuilleton aux multiples rebondissements (5,9).

 
Toujours du mieux quand on pense à soi

On relève, fait constant, que la perception par les Européens de leur situation personnelle reste, cette année encore, supérieure à celle de leur pays. En 2019, la tradition est une nouvelle fois respectée. Mieux encore, la note moyenne croît de 0,3 point pour s’établir à 6,1. Au contraire de la perception globale, les différences entre les 17 pays de l’étude sont nettement moins marquées, la grande majorité des notes étant proche de la moyenne générale. Seules la Hongrie et la Bulgarie affichent un score inférieur à la moyenne (4,7 et 4,8), confirmant le moral plus incertain des pays de l’est de l’Europe. Une Bulgarie qui compose avec la France et la Belgique le trio des nations dont les citoyens jugent que leur situation s’est dégradée en 2018. À l’inverse, Danemark, Pologne et Roumanie forment le trio des pays enregistrant les plus fortes progressions (+0,5 point). Le Danemark avec 7,1, note la plus élevée, reste le pays du bonheur évoqué dans la précédente édition de L’Observatoire Cetelem, auquel il convient d’associer les autres pays du nord (Norvège 6,8, Suède 6,6), mais également le Royaume-Uni (6,6).

 


 

UN POUVOIR D’ACHAT À SENSATIONS VARIABLES

 

C’est l’un des premiers motifs d’inquiétude à l’origine de mouvements sociaux comme celui des « gilets jaunes » : les fins de mois sont de plus en plus difficiles et il existe l’intime conviction que le niveau de vie est toujours orienté à la baisse.

 

Des Français très inquiets

Au ressenti négatif sur le pouvoir d’achat s’oppose la statistique économique qui indique une hausse de ce dernier. Si l’on prend l’exemple français, le pouvoir d’achat global devrait avoir progressé d’environ 1,4 point en 2018 et pourrait encore progresser en 2019 selon des prévisions publiées par l’Insee en fin d’année dernière. Mais les Français interrogés dans cette étude sont, comme chaque année, les plus nombreux en Europe à considérer que leur pouvoir d’achat a baissé : 59 % contre 33 % en moyenne européenne. Voisins même dans leurs opinions, les Belges sont 43 % à constater ce même phénomène.

 


 

Des Européens dans l’ensemble plus sereins

Dans l’ensemble des pays de L’Observatoire Cetelem 2019, les opinions sont plus mesurées. Près de 1 personne sur 2 estime que son pouvoir d’achat est resté stable. La moitié des pays de l’étude juge qu’il a augmenté d’une année sur l’autre. Avec +11 points, la Norvège affiche à la fois la plus forte progression et le plus grand nombre de satisfaits, 46 % des Norvégiens ayant constaté une augmentation de leur pouvoir d’achat. Cette fois-ci, hormis la Bulgarie, les pays de l’est de l’Europe témoignent d’une opinion comparable à celle des autres nations.

 

UNE VOLONTÉ D’ÉPARGNER PLUS QUE DE CONSOMMER

 

Ce point de vue partagé sur le pouvoir d’achat se traduit par une prudence sur les intentions de consommation et une volonté d’augmenter son niveau d’épargne. Si 49 % des Européens envisagent d’accroître leur bas de laine, seulement 41 % sont désireux de dépenser plus. Mais ces moyennes cachent des disparités d’un pays à l’autre.

 
Une propension générale à se tourner vers l’épargne…

Au sommet du classement des futurs épargnants, on retrouve les Norvégiens, les Portugais, ou encore les Suédois et les Danois qui affichent clairement et nettement leurs intentions (respectivement 71 %, 64 %, 63 % et 63 %). À l’inverse, Français, Belges et Slovaques forment le trio de ceux qui rechignent le plus à mettre de l’argent de côté (respectivement

29 %, 36 % et 38 %). Notons surtout que d’une manière générale ces intentions d’épargner sont en forte hausse dans la plupart des pays, particulièrement dans l’est de l’Europe (+17 points en Bulgarie, +12 points en Hongrie et +11 points en Roumanie et Pologne). Elles sont seulement en recul en France, Italie et Belgique (respectivement -7, -6 et -5 points).

 


 

… plutôt qu’à augmenter ses dépenses

En termes d’intentions d’augmenter ses dépenses, 4 pays d’Europe de l’est se détachent nettement, la Slovaquie en tête (73 %) suivie de la Roumanie, de la Bulgarie et de la République tchèque (respectivement 63 %, 62 %, 60 %). Les Hongrois et les Danois (21 % et 26 %) sont de loin les plus rétifs à la dépense. Mais globalement, l’ensemble des pays européens serre la vis budgétaire par rapport à l’an dernier, parfois très fortement comme au Royaume-Uni, en République tchèque et en Pologne (-10 points, -9 points et -9 points). Et qui pour augmenter ses dépenses d’une année sur l’autre ? Italiens et Belges forment le duo de tête (+10 et +9 points). Les mesures de soutien du pouvoir d’achat du gouvernement Macron n’étaient pas encore connues au moment où l’étude a été réalisée.

 


 

Une envie de consommer bridée

Alors dépenser, pourquoi pas… mais encore faut-il pouvoir le faire. Car si 58 % des personnes interrogées déclarent vouloir consommer, 47 % estiment ne pas en avoir les moyens. Un résultat en progression de 7 points par rapport à l’an dernier. Cette frustration consumériste se localise principalement dans les pays de l’Est européen qui forment, une fois encore, un groupe uni dans leurs intentions (Roumanie 66 %, Bulgarie 65 % et Pologne 60 %). Un groupe auquel il faut rajouter l’Italie dont les habitants, s’ils montrent un certain enthousiasme envers les changements promis, semblent encore réticents pour croire que leurs rêves deviendront réalité (59 %).

Chez les réfractaires à la dépense, quatre pays affichent des opinions supérieures ou égales à la moyenne. En tête de ce quatuor, les Tchèques sont 56 % à compter garder fermé leur porte-monnaie. Malgré une situation économique positive, 55 % des Norvégiens partagent ce point de vue. Suivent ensuite les Slovaques et les Belges (50 % et 51 %). Encore et toujours Allemands et Autrichiens témoignent des mêmes intentions pour dépenser ou ne pas le faire (57 % et 43 %), les Français se partageant en deux groupes quasiment du même poids (52 % et 48 %).

 


 

Acheter pour se changer les idées

Dans le détail, presque tous les secteurs de la consommation enregistrent des intentions d’achat à la hausse. Comme les années précédentes, les voyages et les loisirs arrivent en tête de ce classement (60 %) avec des intentions en hausse de 7 points. En troisième position, derrière les produits électroménagers (43 %), les smartphones voient leur cote remonter de 6 points (37 %). Rapprocher ce chiffre de ceux des abonnements à une plateforme streaming (28 %, +8 points, la plus forte hausse) et des équipements TV (28 %, -1 point) met en évidence le succès fulgurant de produits culturels mondialisés, diffusés principalement sur les supports numériques. Notons enfin que trois secteurs connaissent des intentions d’achat en nette hausse : le bricolage (+7 points), l’automobile (+5 points) et les travaux d’aménagement et de rénovation (+5 points).

 

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